Photo de couverture.png (c) Pyc
L'ouvrage est intégré directement « dans » la colline, préalablement terrassée.
Le bâtiment abritant la nouvelle reproduction de la grotte préhistorique joue le mimétisme jusqu'au bout. Inséré directement dans le relief du site, il est largement végétalisé pour se confondre avec lui.

Découverte en 1940 en Dordogne, la grotte de Lascaux aura été ouverte au public pendant 23 ans. Entre 1948 et 1963, un million de visiteurs se pressent pour s'imprégner de ce patrimoine préhistorique exceptionnel. Mais cette affluence a des conséquences graves pour la préservation du site. Dès 1955, des algues, des bactéries et de la calcite apparaissent sur les parois et les peintures. Devant l'importance des risques de dégradation encourus, les pouvoirs publics décident finalement de fermer la grotte.

Mais le public en redemande. Si bien qu'en 1970, la construction d'un fac-similé de la grotte est lancée. Achevé en 1983, il reproduit 90 % des fresques originales. Baptisé Lascaux II, il a accueilli, depuis son ouverture, plus de 10 millions de visiteurs. Fort de ce succès, l'idée d'en faire profiter le plus grand nombre aboutit à Lascaux III, une exposition itinérante qui mêle recréation de parties inédites, installations interactives et parcours interdisciplinaire.

ULTIME SAUVETAGE

Pourtant, la grotte originale est encore en danger. La proximité de Lascaux II risque de l'endommager. La colline est sanctuarisée et un nouveau Lascaux est programmé. Situé de l'autre côté du relief, il s'appellera, logiquement, Lascaux IV ou centre international de l'art pariétal de Montignac-Lascaux. Il permettra de découvrir le site dans son intégralité grâce aux reproductions de l'ensemble des peintures préhistoriques mais aussi différentes expériences multimédia. Le chantier de 8 000 m² Shon, actuellement en cours d'achèvement, a débuté en juin 2014.

EFFET « GROTTE »

L'ouvrage est constitué d'un bâtiment semi-enterré de plain-pied de 150 m de long, 70 m de large et 8 m de haut. Sa structure poteaux-poutres est en béton avec pannes métalliques. Pour l'intégrer au maximum dans son environnement et créer un effet « grotte », une partie du relief a été terrassée pour y implanter le centre international dans la montagne. La terre ainsi ôtée est stockée pour, à terme, être repositionnée tout autour de l'ouvrage mais aussi en toitures-terrasses. Ces dernières sont en effet largement végétalisées pour se confondre dans le paysage boisé. Les plantations choisies sont majoritairement des herbacées à fleurs locales, avec ponctuellement, des arbustes.

Techniquement, les procédés d'étanchéité définis en phase étude sortent de la traditionna-lité. Pour garantir la fiabilité du système, soumis à de fortes charges (l'épaisseur de substrat rapporté varie de 30 à 100 cm) et installé pour partie sur des pentes pouvant aller jusqu'à 46 %, plusieurs dispositions constructives spécifiques ont été proposées par l'entreprise SNEI, adjudicataire du lot étanchéité.

L'ouvrage étant hors normes et les produits d'étanchéité ne bénéficiant pas d'Avis technique valide dans cette configuration, une procédure d'ATEx a été engagée. L'élément porteur est un bac collaborant. « Pour éviter les risques de glissement du complexe ainsi que la propagation de l'eau en cas de désordre, nous avons conseillé un mode de pose de l'étanchéité bicouche bitumineuse traitée anti-racine en adhérence totale à la flamme. Les changements de reliefs de la toiture induisent également de mettre en place des systèmes de retenue des complexes par potelets et lisses de maintien.

Nous avons également proposé d'avoir recours à un système en isolation inversée pour plus de protection de la membrane. Les 180 mm d'épaisseur de polystyrène extrudé sont posés librement et en indépendance car lestés par les couches drainantes et filtrantes et le substrat », décrit Nicolas Plantin, métreur chez SNEI. L'apport d'eau en toiture est assuré par un système d'aspersion. Des L en béton autoportant avec talon de blocage délimitent les zones stériles. À noter également que les acrotères sont isolés en tête et en retombée avec une épaisseur de 18 cm de polystyrène extrudé. Les relevés d'étanchéité dépassent de 15 cm par rapport à la terre végétale.

« Sur les parties présentant des redans, un comblement des emmarchements par agrégats a été réalisé avant la mise en œuvre d'éléments de retenue du substrat. Pour maintenir l'isolant sur les parties verticales, ce dernier a été collé », précise Nicolas Plantin.

TERRASSE ACCESSIBLE

Lieu de visite mais également de promenade, Lascaux IV dispose en toiture d'un belvédère accessible au public. Le complexe d'étanchéité de cette terrasse est identique au procédé mis en œuvre sous la végétalisation « pour des facilités de mise en œuvre ». Pour conserver une unité de niveau sur l'ensemble de l'ouvrage, une rehausse en agrégats légers a permis de surélever la dalle de protection en béton et de rattraper la hauteur du substrat. Cette zone accessible est prolongée par des gradins. Le centre n'est pas encore ouvert mais dans les vastes salles d'exposition, de nombreux artisans mais aussi artistes reproduisent minutieusement chaque détail de la grotte originale. Un travail de fourmi qui devrait en bluffer plus d'un.

                                                                                                                                                

Les intervenants

Maître d'ouvrage : Conseil général de la Dordogne

Architecte : Snohetta Norvège

Architecte d'exécution : SRA Architectes Paris

Contrôleur technique : Socotec

Entreprise d'étanchéité : SNEI Lempdes

Les produits

Étanchéité : Derbicoat HP + Derbigum SP4 AR (Derbigum)

Isolant : K-Foam D F4 (Knauf)