L’application de la RE2020 révèle plusieurs paradoxes parfois difficiles à résoudre. Un jeu d’équilibriste qui aujourd’hui peut s’avérer défavorable pour certains types de procédés de toiture-terrasse.

Le durcissement des exigences thermiques imposé par la RE2020 est-il compatible avec un impact carbone réduit ? Pour les toitures-terrasses, l’augmentation des épaisseurs d’isolant qui va en découler induit logiquement plus de matière et un apport de charges supplémentaires pouvant nécessiter le renforcement de la structure. Autant de paramètres qui alourdissent l’ACV. « Il y aura des équilibres à trouver entre les gains en termes de consommation énergétique et le poids carbone des produits », précise Rodrigue Leclech, responsable du pôle construction au sein du bureau d’études Pouget Consultants. Même constat pour le confort d'été pour qui le béton est bien plus efficace sur le bois en matière d'inertie thermique.

La problématique sera d’autant plus forte si un usage spécifique a été dévolu à ces toitures-terrasses. Photovoltaïque, végétalisation (TTV), protection circulable… Les atouts de ces systèmes seront-ils suffisants pour compenser les émissions de gaz à effet de serre des produits qui les composent ? « Ça dépend, répond Rodrigue Leclech. Par exemple, la production d’électricité photovoltaïque et donc décarbonée entrant dans l’ACV du bâtiment, elle devrait jouer en faveur de ces installations, d’autant plus si elle est autoconsommée. »

La végétalisation mal notée

En revanche, l’équation devient défavorable lorsqu’il s’agit de végétalisation. Les qualités des TTV en matière de biodiversité, de gestion des eaux pluviales, de confort thermique … sont aujourd’hui connues et reconnues et les plans locaux d’urbanisme (PLU) sont de plus en plus nombreux à les préconiser, voire les imposer. Et pourtant, ces ouvrages affichent un impact carbone défavorable. « Le substrat surtout car il vient souvent de loin », justifie Rodrique Leclech. Les atouts précités n’étant pas nommément pris en compte dans la RE2020, ils ne peuvent pas compenser les mauvais chiffres. « Les documents d’urbanisme vont probablement eux aussi devoir s’adapter aux nouvelles exigences », ajoute l’ingénieur. Consciente de ce paradoxe, l’Adivet, travaille actuellement à la rédaction d’un référentiel dont la parution est prévue avant la fin de l’année. Il caractérisera les performances du bâti végétalisé en matière de lutte contre le réchauffement climatique, de gestion des eaux pluviales, de biodiversité et de qualité de vie et de santé. « Il permettra ainsi de qualifier et de quantifier les bénéfices des TTV, explique son président Yannik Beix. Les maîtres d’ouvrage pourront ainsi justifier leur investissement et tirer le meilleur parti de leur toiture en fonction des objectifs visés. »

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