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Impulse Partners met en relation acteurs de la construction et développeurs d’innovations. Une rencontre entre deux mondes pour réfléchir et anticiper le bâtiment de demain. Deux obstacles principaux se dressent sur leur route : le coût et l’absence de normes.

Entretien avec Thomas Le Diouron, fondateur et dirigeant d’Impulse Partners.

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1. Étanchéité.Info Pouvez-vous nous présenter Impulse Partners ?

Thomas Le Diouron La société a été créé il y a quinze ans à partir d’un constat : le secteur de la construction ressent un fort besoin d’innovations sans pour autant avoir les moyens de les mettre en place, qu’ils s’agissent de R&D ou d’application sur le terrain. C’est particulièrement le cas pour les petites entreprises. En face, une foule de solutions répondant ou anticipant les enjeux auxquels le bâtiment est confronté existe, développée par des start-ups, des laboratoires de recherche et même les services R&D de grands groupes.

Malgré leur potentiel, elles sont souvent mal voire pas connues par les entreprises de travaux, les fournisseurs de matériaux ou les bureaux d’études. Impulse Partners joue le rôle de facilitateur et d’intermédiaire entre chacune de ces parties.

 

2. E.I. Comment cela se traduit-il concrètement ?

T.L.D. Nous avons développé un réseau de près de 3 000 start-ups et autres organismes de R&D qui couvrent l’ensemble du spectre de l’acte de construire. En parallèle, nos partenaires acteurs de la construction nous sollicitent pour effectuer l’analyse de leurs besoins et définir les solution(s) innovante(s) adaptée(s). Nous les mettons ensuite en contact avec les structures correspondantes. Mais ce rapprochement ne suffit pas pour concrétiser un projet. L’accompagnement est primordial pour s’assurer que la collaboration sera efficace. Nous nous assurons, avec le client, que le produit est sérieux, que le prix est juste… Nous avons ainsi lancé plus de 200 projets.

 

3. E.I. Quels sont les freins au déploiement de ces solutions ?

T.L.D. Comme souvent des problématiques de budget. L’innovation induit généralement un surcoût. Face à la concurrence qui propose des prix inférieurs, il est alors difficile de remporter les marchés. Par conséquent, elle n’est pas valorisée dans un devis. Le recours à la sous-traitance, qui n’a pas forcément les compétences ou la volonté de s’impliquer, peut également bloquer les initiatives. Ensuite, la construction est une filière silotée et les efforts bénéficient finalement souvent à l’aval de la chaîne. Le retour sur investissement est donc loin d’être garanti. Dans certains cas, l’absence de normes ou de référentiels reconnus visant ces solutions peut également freiner.

 

4. E.I. Comment sélectionnez-vous les start-ups qui constituent votre réseau ?

T.L.D. Nous sommes en veille permanente mais la plupart du temps, ce sont les start-ups elles-mêmes qui nous sollicitent. La sélection se fait ensuite en collaboration avec nos clients à travers (par exemple) des sessions de présentation. L’avantage est réciproque : les partenaires découvrent les nouvelles tendances et les start-ups bénéficient de retours rapides pour évaluer le potentiel de leurs innovations sur le marché.

 

5. E.I. Quelles sont les grandes tendances justement ?

T.L.D. La première, poussée par la réglementation et notamment la RE2020, touche aux émissions de CO2 et notamment les matériaux bas-carbone et biosourcés. Pour les fabricants de produits fortement émetteurs, il s’agit surtout de trouver les solutions pour les décarboner ou pour les intégrer de manière à ne pas alourdir le bilan global de l’ouvrage. Les industriels du biosourcé, eux, recherchent plutôt les opportunités pour substituer leurs gammes aux matériaux traditionnels. Le tout en respectant la réglementation et les normes en vigueur mais aussi les pratiques de terrain. Par rapport à un produit classique, un matériau biosourcé ne se stocke pas forcément de la même manière sur chantier, il ne présente pas toujours des dimensions standards… La conception, la logistique doivent alors être revues… Leur utilisation s’anticipe donc bien en amont de la construction.

Les entreprises sont également concernées. Elles savent parfaitement modéliser les performances thermiques, acoustiques, incendie de leurs procédés. En revanche, évaluer les émissions carbone est encore mal appréhendé. Elles peuvent alors, par exemple, faire appel à des simulateurs spécialisés qui leur proposent différents scenarii à partir de données exploitées de manière transparente. Pour que ces logiciels fonctionnent correctement, ils ont besoin d’être alimentés en data fiables.

 

6. E.I. C’est également le cas pour l’utilisation de l’Intelligence artificielle…

T.L.D. Oui. Les solutions utilisant l’IA supposent toujours de disposer de data suffisantes pour les nourrir. Elles s’appliquent aujourd’hui plutôt à la gestion administrative : réponse à un appel d’offres, génération de devis, de contrats… Elles peuvent aussi être utilisées lors d’opérations de rénovation de parc immobilier. En croisant les données de chaque ouvrage, l’IA identifie les chantiers prioritaires.

On retrouve également tout un panel d’équipements connectés permettant d’évaluer leur bonne (ou mauvaise) utilisation en termes de temps, de conduite, de sécurité, de prévention avec les exosquelettes par exemple… Mais pour le moment, ces solutions sont plutôt réservées aux chantiers d’ampleur car elles supposent un investissement conséquent.

 

7. E.I. La rénovation constitue-t-elle un champ d’innovations porteur ?

T.L.D. C’est effectivement le sujet majeur aujourd’hui, bien plus que le neuf qui, en volume, ne compte que pour 1 % du patrimoine bâti. On pense à la rénovation énergétique bien sûr mais la résilience face aux inondations, la lutte contre les canicules et les îlots de chaleur urbains, la densification des villes, la gestion de l’eau… Toutes ces problématiques, de plus en plus prégnantes, constituent des champs d’innovations prisés par les start-ups qui développent par exemple des outils d’évaluation des opportunités de surélévation, de changement d’usage…

8. E.I. Avec la mise en place, certes chaotique, de la REP, les innovations se positionnent-elles sur l’économie circulaire et le réemploi ?

T.L.D. Bien sûr. Certaines ont développé des méthodologies pour simplifier et accélérer l’économie circulaire et le réemploi mais beaucoup connaissent des difficultés car la filière n’est pas encore mature et les volumes encore trop faibles. Les coûts élevés d’audit, de déconstruction propre, de tri, d’évaluation des matériaux, d’assurance… freinent les initiatives.

 

9. E.I. Vous avez évoqué la gestion de l’eau. Est-ce également un sujet de réflexion ?

T.L.D. Oui. La ressource en eau se raréfie et sa récupération et son stockage, la perméabilisation des sols… deviennent clairement un enjeu. En matière d’innovations, cela se traduit par des outils de modélisation de gestion de l’eau, pour définir par exemple, quelle est la solution la plus efficace en fonction des objectifs et de la configuration de l’ouvrage : est-ce la mise en œuvre d’une toiture végétalisée qui retient l’eau, l’installation de capteurs d’humidité ou la mise en place d’une cuve ? Mais là encore, ces outils se heurtent à une réglementation qui ne va pas aussi vite qu’eux. Le principal frein étant ici la question sanitaire de la réutilisation des eaux de pluie ou usées.

 

10. E.I. Outre les toitures végétalisées et la gestion des eaux pluviales, les toits plats font-ils l’objet d’innovations spécifiques ?

T.L.D. Bien sûr. J’ai notamment en tête une innovation irlandaise : la start-up Aquatrace qui, avec la mise en place d’un revêtement tissé de capteurs sous la membrane d’étanchéité permet d’identifier toute apparition d’humidité qui, si on n’intervient pas rapidement, pourrait se transformer en fuite.

D’ailleurs, de manière générale, observer ce qui se fait hors de nos frontières peut être riche d’enseignement et d’inspiration. C’est aussi pourquoi nous nous sommes développés à l’international.

 

11. E.I. Comment envisagez-vous le bâtiment du futur ?

T.L.D. C’est celui qui intégrera toutes les grandes thématiques que nous venons d’évoquer. Il sera à la fois bien isolé, aura recours à des matériaux issus de l’économie circulaire et biosourcés, fonctionnera aux énergies renouvelables, stockera l’eau, disposera de toitures intelligentes… Le tout en respectant les normes et sans surcoût. Nous n’y sommes évidemment pas mais pourquoi pas d’ici 20 ou 30 ans ? A-t-on vraiment le choix finalement ? l

Le contexte

Fondateur d’Impulse Partners en 2011, Thomas Le Diouron dirige toujours l’entreprise aujourd’hui. Une suite logique après un parcours dans l’industrie de la construction, au sein de majors et en tant que consultant externe.