Pour sa première conférence de presse en tant que président de la Fédération française du bâtiment, Frédéric Carré n'a pas mâché ses mots face à une conjoncture particulièrement préoccupante pour le secteur de la construction.

Rien ne va. Le chiffre d'affaires, l'emploi, la construction neuve, l'amélioration entretien… Tous les chiffres 2025 sont en baisse et les perspectives ne poussent pas à l'optimisme. Quelques exemples : le CA 2025 recule de 5 %, la production est tombée au niveau de la crise des années 1990. "Avec 39,4 % du montant des travaux réalisés, la part de la construction neuve a atteint un niveau plancher que l'on n'a pas connu depuis 30 ans", s'inquiète le président de la FFB. Le logement est en chute libre et l'amélioration-entretien, qui porte le marché avec un peu plus de 60 % du montant des travaux réalisés, subi de plein fouet les atermoiements et les réductions de budget alloué à MaPrime Rénov'. L'annonce de la dernière en date, doublée de celle du Fond vert est "une décision incompréhensible et casse un marché qui devait porter l'avenir, pour lequel les entreprises se sont formées et ont embauché ", s'alarme Frédéric Carré. "La rénovation énergétique ne pèse que pour un quart du montant de travaux réalisés en amélioration entretien. On est très loin des ambitions affichés par le gouvernement."

Conséquence directe : l'emploi commence à décrocher sérieusement, avec - 19 000 salariés en 2025 et -55 000 depuis 2022. Et l'augmentation du Smic doublée de l'absence d'augmentation des allègements de charge va encore un peu plus pénaliser les entreprises. Sans oublier le coup de rabot sur l'apprentissage.

Le rebond constaté au début de l'année 2026 est vite retombé en raison notamment du conflit au Moyen Orient. "On estime au mieux à 321 000 mises en chantier le rythme annuel 2026 sur la base des quatre premiers mois, encore 35 000 unités en deçà de la moyenne des 40 dernières années !" Résultat, les objectifs du plan "Relance logement" sont déjà menacés. D'autant plus que les permis décélèrent dans le collectif, que les ventes des constructeurs de maisons individuelles se tassent et que les ventes des promoteurs s'effondrent. Si le non résidentiel se maintient bon gré mal gré, le niveau reste faible, effet élections municipales oblige.

Sans surprise, les chefs d'entreprise sont très inquiets. Car, on le voit, leur activité baisse mais en plus les prix des matériaux augmentent et les délais de paiement restent anormalement longs, notamment pour les marchés publics.

Que faire alors pour sauver le soldat bâtiment ? Car pour Frédéric Carré, "c'est lui qui sauvera la France ! Il doit redevenir le moteur de la croissance ".

La FFB dresse comme à son habitude la liste des actions qui, pour elle, pourraient répondre aux besoins en bâtiment et soutenir l'emploi :

- Le vote d’une loi de finances pour 2027 ;

- Le maintien du PTZ neuf et pas de relèvement de la RLS ;

- L'amélioration du dispositif «Jeanbrun» ;

- La définition des conditions de l’Anru 3

- Le respect des engagements sur la rénovation énergétique avec notamment le redéploiement et la stabilisation de la MaPirmeRénov' ;

- Le renforcement de l’accès au crédit immobilier pour les ménages ;

- La préservation des allègements de charges patronales sur les bas salaires ;

- Le rétablissement du budget sur l’apprentissage ;

- S'affranchir des sujets bloquants comme la REP, l'assouplissement des contraintes liées notamment à la RE2020 et au ZAN.

"Nous estimons que ces mesures sont urgentes", rappelle Frédéric Carré. Même s'il reste réaliste sur le fait que l'approche des élections présidentielles ne joue pas en la faveur d'actions rapides. Le 19 novembre prochain, la FFB organise son sommet de la construction. À cette occasion, elle recevra les candidats.