Anticiper dès aujourd’hui les aléas climatiques de demain : c’est l’objet d’un guide rédigé par la Chambre syndicale française de l’étanchéité paru en juin dernier. Il se concentre sur les toitures avec revêtement autoprotégé car ces ouvrages font partie des ouvrages des plus exposés.

Pourquoi rédiger un guide sur l’adaptation aux changements climatiques ?

En tant qu’interface entre le bâtiment et son environnement, la toiture-terrasse aura, à terme, à faire face à des événements climatiques de plus en plus extrêmes. Il lui faudra donc résister à l’augmentation des températures, aux fortes précipitations, aux vents violents et à des épisodes de grêles souvent imprévisibles. Or, les ouvrages que l’on construit aujourd’hui sont ceux qui nous abriteront demain. Conclusion : il est fortement recommandé de les concevoir dès à présent selon des principes qui leur permettront d’affronter les conditions de demain.

Jusqu’alors, « il n’existait aucun document dédié permettant d’appréhender ces problématiques au regard des procédés d’étanchéité avec membranes apparentes alors même qu’elles sont directement exposées », souligne Pascal Le Cœur président du groupe de travail « changement climatique » de la Chambre syndicale française de l’étanchéité (CSFE). C’est pourquoi, pour sensibiliser et accompagner ses adhérents mais aussi l’ensemble des acteurs de l’acte de construire, la CSFE a publié, en juin dernier, un guide sur l’ « Adaptation des toitures avec revêtements d’étanchéité apparents vis-à-vis du changement climatique ». « Il vise à fournir des repères techniques pragmatiques aux maîtres d’ouvrage, maîtres d’œuvre et entreprises, afin d’adapter les choix de conception. »

« Ces recommandations s’inscrivent dans une démarche transitoire. Elles ne se substituent pas aux méthodes d’évaluation normatives, appelées à évoluer à long terme, notamment en matière de résistance à la chaleur, à la grêle ou aux UV. Elles constituent toutefois une base opérationnelle indispensable dans l’attente de ces évolutions, afin de renforcer dès à présent la durabilité, la résilience et la performance des ouvrages », précise Edwige Parisel déléguée générale de la CSFE.

Sur quelles données le guide s’est-il appuyé ?

Outre les Règles de l’art applicables aux procédés d’étanchéité (NF DTU, Règles professionnelles, évaluations des procédés et normes), la CSFE s’est référée à plusieurs analyses scientifiques, en commençant par les rapports du GIEC, pour engager les réflexions à partir de données climatiques fiables. D’autres sont à son initiative et d’ailleurs disponibles sur le kiosque étanchéité-bardage de l’organisme. Il s’agit notamment de l’étude d’impact des procédés réflectifs de toiture réalisée par le bureau d’études Pouget Consultants, celle sur l’évolution des sollicitations des revêtements d’étanchéité de toiture liées au changement climatique et à la réglementation thermique (Tipee) ou encore le guide de bonnes pratiques pour la prévention des gîtes larvaires de moustiques-tigres. Le guide « Toitures biosolaires » de l’Adivet et l’ « étude d’impact des peintures réfléchissantes mises en œuvre en toiture des bâtiments tertiaires » rédigée par le CSTB et la DHUP complètent l’ensemble.

Pourquoi mettre en œuvre des étanchéités autoprotégées ?

Les revêtements autoprotégés sont autorisés par les Règles de l’art sur toitures techniques et inaccessibles. Choisir ces procédés résulte généralement du fait qu’ils nécessitent moins de matériaux, moins de temps de mise en œuvre, moins de poids propre du complexe et donc moins de charges sur la structure mais aussi un entretien, des réparations et un démontage facilité. Néanmoins, le fait qu’ils soient apparents les rend plus exposés et donc plus vulnérables aux aléas climatiques et notamment à l’exposition aux UV, aux variations thermiques et à la grêle. « Ce constat impose l’emploi de revêtements conçus spécifiquement pour résister à ces contraintes », souligne le guide.

Comment permettre aux revêtements apparents d’éviter la surchauffe et de résister aux UV ?

Pour adapter les toitures avec revêtements autoprotégés vis-à-vis du risque de surchauffe et des UV, la CSFE recommande d’avoir recours à des membranes d’étanchéité autoprotégées de couleur claire et, plus précisément, dont le Solar Reflectance Index (SRI, Indice de réflectance solaire en français) est supérieur ou égal à 40. Cette caractéristique permet en effet de limiter l’augmentation de la température de la surface et de préserver ainsi sa durabilité ainsi que celle de l’isolant. Ces membranes réflectives permettent de diminuer les îlots de chaleur urbains et améliorent les performances d’éventuels modules photovoltaïques. De plus, dans certaines configurations (bâtiment localisé en région sud, peu isolé avec un fort besoin de climatisation), elles peuvent diminuer les besoins de consommation d’énergie.

À noter que « la conception de toiture combinant des revêtements apparents sombres de SRI < 40 avec des isolants sensibles aux températures supérieures à 85 °C (le polystyrène expansé (PSE) particulièrement) n’est pas recommandée ».

Comment permettre aux revêtements autoprotégés de résister à la grêle ?

Si une cartographie du risque de grêle n’existe pas en raison de la difficulté rencontrée pour prévoir ces événements, les anticiper dès à présent permet d’éviter les dommages futurs. Pour cela, « il faut privilégier les revêtements d’étanchéité apparents à forte résistance au poinçonnement ». Cette dernière est caractérisée par le classement I (indentation) du référentiel FIT (norme NF P-84-354 : classement d’aptitude à l’emploi des revêtements). Un classement I5 est recommandé. C’est notamment le cas de nombreux revêtements bitumineux en épaisseur minimale de 5 mm, synthétiques en épaisseur minimale de 1,5 mm et SEL. Il est toujours possible aux fabricants de justifier d’autres dispositions.

Les toitures avec étanchéité apparente participent-elles à la rétention d’eau ?

Les toitures avec étanchéité apparente ne sont pas adaptées à l’enjeu de rétention des eaux pluviales. En effet, la réglementation ne le permet pas, même provisoirement, même si les entrées d’eaux sont surélevées.

Qu’en est-il du risque moustique ?

Les études menées par l’établissement public EID Méditerranée ont montré que l’eau stagnant sur les revêtements autoprotégés s’évapore suffisamment vite pour éviter la formation de gîte larvaire. Pour encore plus de sérénité en cas d’élément porteur à pente nulle, il est possible de créer une forme de pente en rapportant un isolant penté.

Pourquoi l’entretien est-il crucial contre les risques climatiques ?

Les sollicitations auxquelles vont être soumises les toitures rendent d’autant plus importantes les opérations d’entretien et de maintenance. Les prescriptions minimales sont précisées dans les différents textes de référence.

En outre, pour un revêtement de couleur claire, « sa valeur de SRI est assujettie à un entretien et un nettoyage régulier et adapté, conformément aux recommandations des fournisseurs », afin d’éviter son encrassement.

L’ajout d’une protection lourde est-il efficace pour adapter les toitures au changement climatique ?

De manière générale, une protection lourde, comme son nom l’indique, protège le revêtement d’étanchéité. Le guide intègre un tableau récapitulatif de l’ensemble des solutions existantes (gravillons, protection lourde dure, végétalisation / jardin, toiture biosolaire) à ce jour et de leur efficacité. Ainsi, elles peuvent permettre, sous certaines conditions et uniquement sur éléments porteurs béton, la rétention d’eau provisoire et le stockage des eaux de pluie.

La transformation d’une toiture avec étanchéité apparente en toiture sous protection lourde doit faire l’objet d’une étude précise de vérification des capacités de portance de l’ouvrage. L’ajout d’une protection lourde induit toujours des charges supplémentaires et peut nécessiter le renforcement de la structure.

Le guide est disponible sur le kiosque étanchéité-bardage de la CSFE : https://kiosque-etancheite-bardage.com/