L’opération de renouvellement du complexe d’étanchéité a multiplié les contraintes : travaux en site occupé, interdiction d’avoir recours au chalumeau et anticipation de la mise en œuvre de panneaux photovoltaïques.

Quand on évoque Rungis, plus grand marché international de produits frais du monde, la tête tourne rapidement. En 2018, 1,7 million de tonnes de produits alimentaires y étaient vendues. Ces derniers se répartissent en six catégories : les fruits et légumes (1,2 million de tonnes), les produits carnés (270 619 tonnes), les produits traiteurs et de la gastronomie (83 644 tonnes), les produits de la mer et d’eau douce (92 786 tonnes), les produits laitiers et avicoles (73 975 tonnes) et les produits d’horticulture (fleurs coupées, feuillages et plantes en pot avec au total 145 486 tonnes). Pour accueillir, stocker et vendre ces marchandises, 1 209 entreprises et 12 230 employés travaillent quotidiennement sur les 232 hectares de terrain et le million de mètres carrés couverts.

Contraintes spécifiques

L’exploitation du site et la commercialisation de ses ensembles est assurée par Semmaris, entreprise gestionnaire du marché. Depuis 5 ans, elle a lancé un vaste programme de rénovation de l’étanchéité de 600 000 m² de toitures-terrasses. 80 000 m² sont ainsi renouvelés chaque année, suivant un cahier des charges précis : « Afin de ne pas interrompre les activités, les travaux doivent systématiquement être effectués en site occupé, précise Christophe Accar, directeur de l’immobilier de Semmaris. En matière de définition des procédés, nous avons également des exigences. Tout d’abord, la fixation des membranes doit être réalisée sans flamme pour éviter tout risque incendie. De plus, la plupart de nos bâtiments étant des Installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE), l’ensemble du complexe doit être classé BRoof (t3). Enfin, si l’ouvrage le permet (surface de toiture et résistance aux charges suffisantes), le système doit permettre d’accueillir, a posteriori, des panneaux photovoltaïques. »

Pose sans flamme et sans percement

Entre juin 2019 et mars 2020, ce fut au tour du bâtiment C1 de bénéficier d’un renouvellement de son complexe. Avec 20 000 m² d’emprise au sol et 18 000 m² de toiture, « le vaisseau amiral du secteur de l’horticulture et de la décoration » représente l’un des ouvrages emblématiques du marché (avec le A4 du secteur produits de la mer et d’eau douce).

A la manœuvre de cette opération de rénovation, deux entreprises d’étanchéité : Iso-Top et Société Auboise du bâtiment. Pour répondre aux différentes exigences de la maîtrise d’ouvrage, le choix des produits s’est porté sur une étanchéité bitumineuse monocouche armée adaptée à la mise en œuvre d’une centrale photovoltaïque. Son mode de fixation, par collage en plein de la partie courante sur l’isolant et soudage des joints à l’air chaud, ne nécessite ni flamme ni liaisonnements mécaniques, rendus impossibles en raison d'un élément porteur en béton cellulaire. Les relevés sont également collés à froid.

L’isolant, en polyisocyanurate de classe de compressibilité C en prévision de l’accueil des panneaux photovoltaïques, est fixé par cordons de colle polyuréthane bi-composant sur le pare-vapeur bitumineux, lui-même collé en plein sur l’élément porteur. Les 5 cm d’épaisseur des panneaux PIR équivalent à ceux du complexe d’origine déposé (étanchéité + protection lourde gravillonnée de 4 cm de haut). En effet, les acrotères ne pouvant être rehaussés, il a fallu conserver la même épaisseur de système pour respecter les exigences référentielles.

Végétalisation et agriculture urbaine

De nombreuses toitures du marché de Rungis, neuves ou rénovées, devraient donc, à terme, se couvrir de panneaux photovoltaïques mais pas que. « Nous envisageons également de mettre en œuvre des toitures végétalisées dès que les contraintes techniques nous le permettront, explique Christophe Accar. Nous avons même un projet de potager en toiture de la « Rungis Académie », notre pôle de formation dédié aux métiers de bouche. Il devrait être installé au moment de la rénovation du toit du bâtiment, à savoir fin 2020-début 2021. »

La logistique en zone occupée

Intervenir à Rungis en site occupé, c’est s’adapter à un lieu dont l’activité ne s’arrête jamais vraiment. « Le pic se situe plutôt la nuit, vers 4 h du matin pour le « quartier des fleurs ». Nous pouvions donc travailler en journée sans trop perturber les occupants des lieux », précise Asdine Dahhak, chef de l’entreprise Société Auboise du Bâtiment. En revanche, il fallait laisser disponibles les places de stationnement les plus proches du bâtiment pour les concessionnaires et acheteurs. Pas question donc de les utiliser pour stocker ou se garer. « Nous avions donc une base de vie localisée à une dizaine de minutes du bâtiment C1 et une petite zone de stockage à proximité entre lesquelles nous faisions la navette », explique Stanislas de Benoist, chargé d’affaire pour la société Iso-Top.

Les intervenants

Maître d’ouvrage : Semmaris

Bureau d’études : Secc

Entreprises d’étanchéité : Iso-Top et Société Auboise du Bâtiment

Les produits 

Derbigum

Membrane d’étanchéité : Derbigum GC4 FR

Pare-vapeur : Derbicoat

Colles : Derbitech FA (isolant), Derbibond NT (membrane) et Derbiseal S (relevés)

Isolant : Knauf Thane MulTTI Se (Knauf)