Pour améliorer le confort d'été en période de fortes chaleurs, les peintures blanches pour recouvrir les toits connaissent un fort engouement. Pour en évaluer l'efficacité réelle, la DHUP a mandaté le CSTB qui a élargi le champ d'étude aux enjeux associés : l'aptitude à l'emploi, la rentabilité économique et les impacts environnementaux notamment. L'analyse s'est portée sur des bâtiments tertiaires neufs et existants.
Première limite à ces procédés : ils ne sont pas classés en technique courante. "Quelques démarches d’évaluation technique ont bien été initiées mais à ce jour aucun avis technique ou ATEx n’a encore été délivré. (...) Cela signifie que le manque de recul sur ce procédé ne permet pas de le positionner comme un procédé traditionnel bénéficiant d’une couverture assurantielle standard.", souligne le CSTB.
Impact sur le confort d'été
Cöté performance thermique, là aussi, les résultats ne sont pas aussi réjouissants qu'on a pu l'entendre et rejoignent les conclusions de l'étude réalisée par la CSFE en partenariat avec le bureau d'études Pouget Consultants : "Les impacts observés sont beaucoup plus importants dans le cas des bâtiments existants peu ou pas isolés que pour des bâtiments neufs généralement mieux isolés." Certes, dans cette configuration, les besoins en refroidissement sont diminués mais ceux en chauffage augmentent. "L’étude a même montré un bilan négatif en termes de besoin énergétique net dans le cas du bâtiment de commerce existant en zone climatique H2b." L'isolation de la toiture reste donc encore la meilleure solution pour améliorer le confort d'été, d'autant plus que l'efficacité de ces peintures dépend également de leur nettoyage régulier pour éviter l'encrassement. Le rapport souligne néanmoins que "dans le cas où des contraintes techniques limitent les épaisseurs des isolants, l’association des peintures réfléchissantes en complément de l’isolation pourrait être un moyen intéressant de combiner les effets bénéfiques des deux solutions".
Bilan économique défavorable
"Sur le plan économique l’ajout d’une peinture réfléchissante en toiture ne s’avère pertinent que dans certaines situations très particulières présentant un ensemble de conditions favorables. En effet, l’analyse économique réalisée a montré que sur des bâtiments présentant des caractéristiques moyennes, les coûts dépassent largement les gains potentiels sur la base d’une Valeur Nette Actualisée (VAN) 1 calculée sur 30 ans. Ceci s’explique en grande partie par la surconsommation résultant de l’application de la peinture en période de chauffage qui n’est généralement pas prise en compte dans les bilans économiques.", ajoute le CSTB. Pour que le bilan financier soit favorable, il faut que le bâtiment combine un ensemble de caractéristiques favorables pour cela mais finalement assez rare : zone H3, toiture très sombre, niveau d’isolation minimal en toiture, surface vitrée minimale… et supprimer les coûts d'entretien.
L'enjeu environnemental
"Enfin, poursuit le CSTB, sur le plan sanitaire, les peintures réfléchissantes, au même titre que les revêtements courants, contiennent en quantité plus ou moins importante des éléments chimiques (microplastique, pigments) susceptibles d’avoir un impact sur l’environnement et la santé. Leur utilisation en revêtement extérieur de paroi les place dans une situation d’exposition à la dégradation par les agents climatiques comme le rayonnement solaire, la pluie, l’abrasion naturelle ou artificielle." Avec le risque que ces composants soient rejetés dans l'environnement via l'écoulement des eaux pluviales de toiture.
Pour conclure et pour toutes ces raisons, le CSTB considère que la généralisation des peintures blanches en toiture de bâtiments tertiaires "n'est pas une solution efficace pour adapter les bâtiments dans un contexte de réchauffement climatique".